Liens
Les tapisseries Les peintures Les aquarelles Les collages Les estampes Les céramiques Les gravures
     

Jean-Michel Lartigaud

Perspectives et Archéologie

 



.....L'œuvre de J. Michel Lartigaud est riche, abondante et variée. En 1999, lors d'une exposition rétrospective, cinq périodes étaient présentes :
-
Les Wight Spirit (période 60) : peintures inspirées du mouvement psychédélique.
-
Les Structures (période 70) : compositions abstraites au couteau.
- Les Perspectives (depuis 80) : bas-reliefs avec des incrustations de métaux, de bois et de terre cuite.
-
Les Chromiques (depuis 70) : peintures circonstancielles se rapprochant du dessin satirique.
- Les Voyages Immobiles (depuis 70) : recherches abstraites.

.....Les couvertures de Kubaba composées par Jean-Michel Lartigaud se rangent principalement en deux catégories : celle reprenant des peintures, sérigraphies ou tapisseries de la période des Voyages Immobiles - lyrisme abstrait - (voir en particulier L'Aphrodite iranienne, Guerrier d'Iran, Barbares et civilisés dans l'Antiquité ou comment peut-on être Barbare ?) et celle qui se réfère à la période des Perspectives ( L'Histoire des Hittites, l'Histoire du Mitanni, l'Histoire d'Ugarit, Suppiluliuma et la veuve du pharaon).

.....Je voudrais évoquer à présent cette deuxième série, qui se rattache aux Perspectives. Ici, l'œuvre d'art est conçue à la façon d'une fouille archéologique. Il s'agit de mettre à nu ce qui est enfoui dans le passé. L'apparition du nom de Lartigaud est redécouverte à la façon d'une inscription ancienne ou d'un palimpseste. La diversité des matériaux semble due au hasard de la fouille : juxtaposition d'éléments hétérogènes, du plus noble au plus trivial, où l'or côtoie le sable. Comme sur un chantier de fouille, cette hétérogénéité ne détruit pas la cohérence de l'ensemble qu'il appartient au fouilleur de remettre en évidence. Les oeuvres qui appartiennent à ce cycle sont fortement construites et charpentées. Rien ne semble dû au hasard, l'artiste mobilise tout son savoir-faire pour organiser des éléments disparates qui forment un ensemble esthétique de première force. De même qu'un bâtiment ancien ruiné par le temps laisse deviner la construction ancienne, de même ces œuvres laissent apparaître un tout fortement organisé.

.....Les oeuvres qui relèvent de cette série sont à la frontière de la sculpture et de la peinture. Il s'agit de bas-reliefs, qui inspirent chez le spectateur surprise et interrogation.
Car au centre se situe une réflexion sur le temps. Le passé, le présent et le futur sont volontairement mêlés. L'oeuvre relève-t-elle d'un passé lointain ? Evoque-t-elle la situation présente de l'artiste, est-elle un questionnement inquiet sur le futur ? Ou toutes ces problématiques s'entrecroisent-elles ? Dans quelle strate de la personnalité de l'artiste était enfouie cette oeuvre et qui est ce Lartigaud dont le nom semble avoir été rongé par le temps. Est-il un homme du présent dévoré par son passé ? Ou un homme du passé qui émerge dans l'avenir ? Ce jeu sur le temps rend ces compositions profondément empreintes de nostalgie, mais aussi animées par une espérance rayonnante. L'ensemble constitue une réflexion sur l'homme, les civilisations passées et l'œuvre d'art. Si j'en crois Bergson, l'intelligence caractérise cette souplesse de l'esprit qui rend capable de s'adapter aux situations nouvelles sans recourir aux réflexes mécaniques. En jonglant avec le temps Lartigaud montre que l'homme est un être composite dont la pensée ne peut obéir au seul mouvement linéaire. Ces oeuvres échappent à l'esprit du temps qui est par essence mécanique et voué à la seule exaltation du futur dans des slogans politiquement et artistiquement corrects.

 
Michel Mazoyer
Université Paris1 - Panthéon-Sorbonne

retour au sommaire des bas-reliefs retour au cahier critique